Nicolaus Becker (1809-1845),
18 septembre 1840
Der deutsche Rhein
An Alphonse de Lamartine
Sie sollen ihn nicht haben,
Den freien deutschen
Rhein.
Ob sie wie gier'ge Raben
Sich heiser danach schrein,
So lang er ruhig wallend
Sein grünes Kleid
noch trägt,
So lang ein Ruder schallend
In seine Woge schlägt!
Sie sollen ihn nicht haben,
Den freien deutschen
Rhein,
So lang sich Herzen laben
An seinem Feuerwein;
So lang in seinem Strome
Noch fest die Felsen
stehn,
So lang sich hohe Dome
In seinem Spiegel sehn!
Sie sollen ihn nicht haben,
Den freien deutschen
Rhein.
So lang dort kühne
Knaben
Um schlanke Dirnen frein;
So lang die Flosse hebet
Ein Fisch auf seinem
Grund,
So lang ein Lied noch
lebet
In seiner Sänger
Mund!
Le Rhin allemand
Ils ne l'auront pas, le
libre Rhin allemand,
quoiqu'ils le demandent
dans leurs cris comme des corbeaux avides;
Aussi longtemps qu'il
roulera paisible, portant sa robe verte;
aussi longtemps qu'une
rame frappera ses flots.
Ils ne l'auront pas, le
libre Rhin allemand,
aussi longtemps que les
cœurs s'abreuveront de son vin de feu;
Aussi longtemps que les
rocs s'élèveront au milieu de son courant;
aussi longtemps que les
hautes cathédrales se refléteront dans son miroir.
Ils ne l'auront pas, le
libre Rhin allemand,
aussi longtemps que de
hardis jeunes gens feront la cour aux jeunes filles élancées.
Ils ne l'auront pas, le
libre Rhin allemand,
jusqu'à ce que
les ossements du dernier homme soient ensevelis dans ses vagues.
Alfred de Musset (1810-1857),
6 juin 1841
Le Rhin allemand
Réponse à
la Chanson de Becker
Nous l'avons eu, votre
Rhin allemand,
Il a tenu dans notre
verre.
Un couplet qu'on s'en
va chantant
Efface-t-il la trace
altière
Du pied de nos chevaux
marqué dans votre sang?
Nous l'avons eu, votre
Rhin allemand.
Son sein porte une plaie
ouverte,
Du jour où Condé
triomphant
A déchiré
sa robe verte.
Où le père
a passé, passera bien l'enfant.
Nous l'avons eu, votre
Rhin allemand.
Que faisaient vos vertus
germaines,
Quand notre César
tout-puissant
De son ombre couvrait
vos plaines?
Où donc est-il
tombé, ce dernier ossement?
Nous l'avons eu, votre
Rhin allemand.
Si vous oubliez votre
histoire,
Vos jeunes filles, sûrement,
Ont mieux gardé
notre mémoire;
Elles nous ont versé
votre petit vin blanc.
S'il est à vous,
votre Rhin allemand,
Lavez-y donc votre livrée;
Mais parlez-en moins
fièrement.
Combien, au jour de la
curée,
Étiez-vous de
corbeaux contre l'aigle expirant?
Qu'il coule en paix, votre
Rhin allemand;
Que vos cathédrales
gothiques
S'y reflètent
modestement;
Mais craignez que vos
airs bachiques
Ne réveillent
les morts de leur repos sanglant.
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